Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Emelbay

Poème : le doigt de la femme Victor HUGO

15 Février 2012 , Rédigé par EMELBAY

 

Le doigt de la femme

Dieu prit sa plus molle argile
Et son plus pur kaolin,
Et fit un bijou fragile,
Mystérieux et câlin.

Il fit le doigt de la femme,
Chef-d'oeuvre auguste et charmant,
Ce doigt fait pour toucher l'âme
Et montrer le firmament.

Il mit dans ce doigt le reste
De la lueur qu'il venait
D'employer au front céleste
De l'heure où l'aurore naît.

Il y mit l'ombre du voile,
Le tremblement du berceau,
Quelque chose de l'étoile,
Quelque chose de l'oiseau.

Le Père qui nous engendre
Fit ce doigt mêlé d'azur,
Très fort pour qu'il restât tendre,
Très blanc pour qu'il restât pur,

Et très doux, afin qu'en somme
Jamais le mal n'en sortît,
Et qu'il pût sembler à l'homme
Le doigt de Dieu, plus petit.

Il en orna la main d'Eve,
Cette frêle et chaste main
Qui se pose comme un rêve
Sur le front du genre humain.

Cette humble main ignorante,
Guide de l'homme incertain,
Qu'on voit trembler, transparente,
Sur la lampe du destin.

Oh ! dans ton apothéose,
Femme, ange aux regards baissés,
La beauté, c'est peu de chose,
La grâce n'est pas assez ;

Il faut aimer. Tout soupire,
L'onde, la fleur, l'alcyon ;
La grâce n'est qu'un sourire,
La beauté n'est qu'un rayon ;

Dieu, qui veut qu'Eve se dresse
Sur notre rude chemin,
Fit pour l'amour la caresse,
Pour la caresse ta main.

Dieu, lorsque ce doigt qu'on aime
Sur l'argile fut conquis,
S'applaudit, car le suprême
Est fier de créer l'exquis.

Ayant fait ce doigt sublime,
Dieu dit aux anges : Voilà !
Puis s'endormit dans l'abîme ;
Le diable alors s'éveilla.

Dans l'ombre où Dieu se repose,
Il vint, noir sur l'orient,
Et tout au bout du doigt rose
Mit un ongle en souriant.

 

Victor HUGO (1802-1885) 

--------------------------------------------------------

 

 

J'aime beaucoup ce poème.

Il est riche, très dense.

Chacun peut y trouver quelquechose à méditer ou à sourire. Derrière chaque mot se cache une image.

 

J'espère que vous aurez beacoup de plaisir à le lire ou à le relire. 

 

 

Lire la suite

Le visage sur la photo

15 Février 2012 , Rédigé par EMELBAY

 

Emelbay regarde fixement ce visage sur l’écran de son ordinateur. Un visage faussement souriant, une expression sans naturel, une volonté de donner le meilleur de son sourire pour réussir une photo commercial. Le résultat donne une image prise par « le dessus », mettant bien en évidence un grand nez de travers ! Ce détail  fait rire et  ravit Emelbay !

 

Cette tête ne lui est pas inconnue, bien sûr. Il a même été un temps où elle éprouvait une certaine forme de sympathie pour ce visage.

 

Sympathie légère car Emelbay a toujours su que derrière ce visage banal et faussement amical, se cachait un être profondément égoïste, égocentrique, calculateur.

 

Leurs relations s’étaient toujours limitées aux plus strictes banalités de la vie courante, de la vie quotidienne. Jamais, Emelbay n’avait souhaité élargir ces échanges de convenance à quelque chose de plus profond.

 

Elle savait qu’une vraie amitié ne pouvait exister entre un serpent et une lionne.

 

Elle avait toujours su en écoutant parler cette bouche aux lèvres pincées qui essayait de monopoliser la conversation et l’attention, elle avait toujours compris en voyant cette silhouette sans forme qui tentait d’occuper toute la place, qu’elles n’avaient rien en commun.

 

Emelbay  sait reconnaître le mal là où il se cache et ceux qui  le cultivent.

 

 Mais elle a une telle confiance dans l’âme humaine qu’elle ne se protège pas.  Elle pense simplement que les autres ne peuvent pas être totalement et définitivement méchants, dangereux, nuisibles.

 

Et pourtant, il n y a pire ennemi qu’un serpent. Même pour une lionne.

 

L’attaque est toujours celle d’un lâche, d’un traître. Elle se fait dans le dos.

 

La lionne est assoupie entourée de ses petits. Elle sait qu’il y a un serpent, quelque part dans les hautes herbes.

 

Mais elle n’a jamais fait de mal à ce serpent. AUCUN MAL.

 

Alors pourquoi craindre une attaque ?

 

Le serpent rampe dans son univers glauque. La lionne règne sur son monde respectable et protège ses enfants. Il n y a pas  de pont entre les deux espaces.

 

Sauf pour le serpent qui aime se traîner dans la boue, qui manie parfaitement l’art répugnant du mensonge, de la duperie et de la traîtrise.

 

Prends garde serpent, ton triomphe sera de courte durée !

 

La puissance, la volonté, l’énergie, la force, la rage, la haine de la lionne blessée vont t’écraser, te détruire, te transformer en peau de chagrin.

 

Une lionne n’abandonne jamais, ne lâche jamais, ne recule jamais. JAMAIS.

 

Elle se battra contre celui qui pénètre dans son territoire et qui n’en a pas le droit, elle se battra contre celui qui tente de toucher à ses petits. Sans répit, jusqu’à la mort.

 

Une lionne ne connaît pas la peur. Si on la provoque, si on l’agresse, elle répond par la violence, par l’intelligence.

 

Tout dépend de l’agresseur.

 

Si c’est un serpent, il sera réduit en bouillie.

 

La lionne a été blessée. Elle a été attaquée par derrière, dans le dos. Lâchement, traitreusement.

 

Elle a perdu beaucoup de sang. Mais elle s’est relevée, courageusement. Elle a redressée la tête. Elle porte fièrement sa crinière flamboyante envers et contre tout.

 

La lionne est plus jeune que le serpent. Elle guérira d’autant plus vite.

 

 Elle n’a rien perdu de son honneur, de sa dignité. Elle peut marcher la tête haute. Elle est respectée pour ce qu’elle est, pour ce qu’elle fait, pour ce qu’elle vit. Elle est respectée pour sa force, pour le sens qu’elle donne à sa vie.

 

 Elle est respectée lorsqu’elle se déplace entourée de ses petits. Ils sont beaux et forts. Leur vie en devenir est à chaque instant plus intense. Leur puissance augmente  chaque jour, chaque nuit. Ils sont comme une forteresse autour de la lionne. Un jour viendra où elle leur transmettra cette bataille en héritage.  Afin qu’ils sachent où se trouve le serpent….

 

La lionne est debout. Elle a survécu. Aujourd’hui, elle est bien vivante. Plus qu’hier et moins que demain.

 

Dans la vie, rien n’est impossible. Ni le bien, ni le mal. C’est en cela que la vie est difficile, mais aussi remplie d’espérance. Combattre le mal. En détruire une partie. Construire le bien. Le protéger.

 

La vie n’est faite que de cela. Pouvoir choisir, devoir subir.

 

Se battre.

 

Seule la mort ferme les chemins du encore possible. La mort tranche définitivement. Elle arrête le cours du temps. Définitivement. De façon égale, mais arbitraire. On ne discute pas avec la mort. Le vivant n’a d’autre choix que s’incliner.

 

Si une autre attaque devait se produire.  Ce serait la dernière. L’ultime. Elle serait définitive. Elle serait nucléaire.

 

Aujourd’hui, la lionne avance, sans se retourner, entourée de ses petits.

 

Le lion marche à ses côtés…

 

 

 

 

 

Lire la suite