Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Emelbay

Articles avec #"une belle histoire" tag

Ma première histoire écrite sur le forum Farandol's : "Une belle Histoire"

5 Mars 2010 , Rédigé par emelbay.over-blog.com Publié dans #"Une belle Histoire"

J'ai commencé à écrire cette première histoire, le 22 décembre 2009,  peu de temps après mon arrivée sur le forum Farandol's. Je l'avais simplement appelé "une belle histoire".  Vous pouvez la retrouver sur le blog de l'administratrice de ce forum, Mifaon, sous le titre "la chambre aux poupées".

Elle a choisi ce titre car cette chambre tient une part importante dans mon histoire. Je vous laisse lire ...



« Une belle Histoire »

 

 

 

 

SDC10033 Je voudrais vous raconter une histoire qui m'est arrivée il y a une dizaine d'années. Une amie, collectionneuse de poupées Modes et Travaux, m'avait mis en relation avec une personne qui cherchait à vendre des poupées Corolle. Au téléphone, cette dernière m'expliquait que sa Maman était une grande collectionneuse de poupées, notamment très anciennes de marque Bru, Jumeau, S.FB.J..., mais aussi Bella, Raynal et Corolle. Elle souhaitait se séparer de toutes ces poupées pour lesquelles elle n'avait aucun intérêt afin de pouvoir faire des travaux dans la maison de sa mère et s'y installait définitivement. Après avoir demandé à une amie de s'occuper de mes enfants, cette dame et moi prenons rendez-vous pour la semaine d'après. Elle habitait à une cinquantaine de kilomètres de chez moi.

Arrive donc le jour J. Mes enfants bien installés chez une personne de confiance, je me mets en route par une belle matinée de printemps. Je trouve facilement la maison de la Maman. Et quelle maison ! Une vaste maison ancienne avec un superbe jardin. Un petit château, écrin idéal pour une collection de poupées.

Voila le début de cette histoire. A-t-elle sa place sur le forum ? Si oui, où ? Est-elle déjà trop longue ?

Je suis accueillie par une dame très élégante, très distinguée qui me jauge de haut en bas ! Evidemment, avec ma petite robe en coton et mes ballerines blanches, je ne fais pas le poids ... contre C. Dior. Ce qui me sauve, je pense, c'est mon sac, un vieux sac Hermès que ma mère m'avait donné quelques années auparavant (merci Maman !).Elle le remarque. Je ne me laisse pas impressionner, du moins, je ne laisse rien paraître. Je pénètre dans la maison avec la dame. Sublime ! Ce qui me frappe tout de suite, c'est l'état de la maison. Pas d'odeur, pas ou très peu de poussière. Des fenêtres ouvertes sur le jardin. Des fleurs dans des vases ... Je la suis à l'étage. Elle ouvre une porte et LA ....LA ....une pièce entière remplie de poupées. Une grande chambre avec un bow window garni de rideaux vieux roses. La lumière est tamisée. Partout des poupées gentiment assises sur de petites chaises, d'autres sur des étagères en bois, d'autre encore, endormies dans de vieux berceaux. Je suis figée, le souffle coupé. Je suis réveillée par un toussotement agacé.

Cette fois-ci, je n'ai pas perdu mon histoire, alors je continue.

 

La dame m'explique que les poupées anciennes sont déjà vendues à un commissaire-priseur qui va bientôt venir les chercher. Pas assez tôt à son goût ! Ce monsieur ne veut pas les poupées Corolle, sans intérêt, qu'il a dit (imbécile, va !), sans aucune valeur (double imbécile !). Elle me dit qu'elle vend les poupées 80,00 euros la pièce ou 40,00 euros, si je les prends TOUTES et que je les emmène sur l'heure. (Merci M le commissaire-priseur !).Normalement, j'aurais dû appeler mon mari pour avoir son avis, enfin plutôt sa permission, en étant franche. Mais je m'entends répondre : "je prends toutes les poupées Corolle tout de suite". Aussitôt, une petite voix dans ma tête me dit : - "hé, ça ne va pas. C'est beaucoup d'argent tout de même. - cela ne te regarde pas trouble-fête. Je sais ce que je fais !" Avec le recul, je me rends compte que je ne savais plus du tout ce que je faisais. J'étais sous le coup d'une émotion très forte, dans un autre monde.

 

Alors que j'écoutais d'une oreille distraite, ce que la dame me racontait : elle attendait la visite d'un architecte, que ma voiture (un Espace) était tout-à-fait adaptée au transport des poupées, qu'elle ne pourrait pas m'aider à les porter car elle ne voulait pas froisser sa jupe (!!!) ....., je marchais parmi les poupées, caressant une joue rose, glissant mes doigts dans une anglaise, rectifiant le mouvement d'une robe, soufflant la poussière d'un petit chapeau en paille.

Mais quelque chose me gênait. Cette magnifique maison, si propre et qui semblait habitée. Il régnait une drôle d'ambiance. Je sentais quelque chose d'impalpable, comme une ombre, mais aussi quelque chose de profondément humain, comme une présence bienveillante. Je ne me suis pas retournée lorsque j'ai posé la question. Dans mes bras, je tenais une très belle poupée Corolle, Flore jasmin. Je ne sais pas pourquoi, mais je la tenais très serrée, mon nez presque dans ses cheveux. Je l'avais délicatement prise sur sa petite chaise en bois, comme pour me rassurer. La dame, quant à elle, était toujours sur le pas de la porte. Elle n'était pas entrée et continuait à me parler des travaux qu'elle comptait entreprendre dans cette maison afin d'y recevoir ses amis du MONDE ENTIER et accessoirement ses enfants. J'avoue que je m'en fichais complètement de ses histoires. Sans attendre qu'elle se taise (je pense qu'il aurait fallu attendre longtemps !), j'ai dis d'une voix hésitante, mais claire :"votre Maman, cela fait combien de temps qu'elle est mo..., décédée ?"

Et là, elle pousse un cri et me dit : "Mais Mère n'est pas morte, loin s'en faut". J'étais très gênée, mais soulagée. La Maman était peut-être dans la maison, j'allais pouvoir lui parler de ses poupées. Génial !

Avant de pouvoir m'excuser de ma question maladroite, elle me raconte que sa maman est atteinte d’une forme très sévère de la maladie d'Alzheimer, qu'il y a peu, elle vivait encore dans sa maison, avec plusieurs infirmières qui s'occupaient d'elle, à tour de rôle, la journée comme la nuit. Mais son état ayant brutalement empiré, elle était devenue dangereuse pour elle-même et les autres. GRAND SILENCE de ma part. Difficile de répondre rapidement à ce genre de récit. Mais au demeurant, je n'avais pas vraiment besoin de parler car l'autre continuait à me raconter qu'elle était la seule héritière de cette maison et de la fortune de ses parents, que les papiers chez le Notaire étaient signés depuis le décès, il y avait dix de son père, et bla bla bla et bla bla bla....... Je vais vers elle pour voir son visage de près, pour essayer de mieux comprendre et je lui dis : "où se trouve votre Mère aujourd'hui ?

Elle me répond :- "dans une maison de retraite médicalisée à deux pas d'ici. - à deux pas d'ici ? Je vais aller la voir !" Qui a dit cela ? Mais c'est moi ! Et de nouveau la petite voix qui me murmure : " mais t'es fêlée du bocal, toi, aujourd'hui ? T'as vu l'heure ? Et puis, tu ne la connais même pas, cette dame ! - Oui et alors ? Aide-moi au lieu de m'embêter !". Nous avons quitté la chambre aux poupées et regagné le jardin ensoleillée. Les fleurs sont magnifiques. J'ai de l'énergie à revendre et un enthousiasme à escalader des montagnes. La dame me dit : "Mais vous n'y pensez pas très Chère. Mère est enfermée dans son monde. Elle ne me voit plus et n'a pas parlé depuis plusieurs semaines. Je ne vais plus la voir. Je ne supporte pas de la voir ainsi. Que voulez-vous aller faire dans cet endroit ? - "C'est simple, je veux savoir si elle accepte de me vendre ces poupées ?" Et l'autre se met à rire en me traitant de gentille petite idiote.

 

Et là, je suis sauvée par son portable ! Cet engin dernière génération se met à sonner, elle décroche et part dans une grande conversation en anglais. Et tels mes enfants lorsque je suis au téléphone, je la suis, je la colle en murmurant : l'adresse ? Donnez-moi l'adresse ? Vite l'adresse ? Elle met sa main sur le micro et impatiemment me répond, 12 rue ... et reprend sa conversation qui semblait de la plus haute importance. Mais au moment de quitter le jardin, je remonte dans la maison et je reprends Flore. Je dévale les escaliers en courant et toujours en courant, je repasse devant la dame en brandissant la poupée. Je crie : " C'est à cause des mites, je veux voir à la lumière du jour s'il n'y en a pas dans le tissu". Elle s'en fiche complètement, occupée à raconter ses dernières sorties.

 

Je marche vingt mètres sur le trottoir et je me rends compte que je ne connais même pas le nom de la personne que je veux aller voir. Je connaissais bien celui de la fille, mais c'était son nom d'épouse. Soudain, l'idée, la boite aux lettres ! Je retourne sur mes pas. Il y a bien un nom sur la boite aux lettres. Madame A... Sauvée ! Et de loin, j'entends toujours l'autre parler en anglais.

 Dans ma tête, j'avais l'adresse de la maison de retraite, le nom de la dame, mais dans quelle direction aller ? Le premier commerce fut le bon. Une fleuriste. Elle m'explique qu'elle connaît très bien l'endroit pour cause de livraisons fréquentes et m'indique le chemin. Première à droite, puis à gauche .... En route. Et soudain, la petite voix revient à la charge : "tu fais quoi là, tu vas où comme ça, tu crois qu'ils vont te laisser entrer comme ça, juste parce que c'est toi ?? - tu es tout le temps contre moi aujourd'hui ? Pourquoi veux-tu me gâcher ma journée ? Tu as peut-être raison (comme souvent !), mais je ne veux pas t'écouter. SILENCE là-haut !"

 SDC10015

Je suis arrivée à présent. Je demande à la réceptionniste où se trouve la chambre de Madame A...en espérant très fort qu'elle ne me demande pas mon nom et mon lien de parenté avec Mme A.... Souriant, elle me répond que celle-ci est actuellement dans le jardin avec une infirmière. Elle se lève, m'accompagne sur une terrasse et me montre deux personnes assises sur un banc à l'ombre d'un arbre. Je la remercie et un peu tremblante ou inquiète (??), je me dirige vers la dame et l'infirmière. Je dis bonjour avec un sourire timide. Seule, l'infirmière me répond. Je place quelques phrases banales sur la beauté des lieux, le beau temps, les fleurs .... Pas de résultat. L'infirmière me regarde très professionnellement, mais ne me demande rien, ne me dit pas de partir. Je suis assise sur le banc à la droite de la dame. J'ose à peine la regarder. Elle est très calme. Je la trouve belle et distinguée. Je suis très mal à l'aise. Zut, la petite voix avait encore raison. Qu'est-ce-que je fais là ?

 

J'ai chaud. Je tripote nerveusement mon gilet que j'ai posé sur mes genoux. Je ramène mon sac vers moi. Il n'est pas fermé car il est trop rempli. FLORE, mais bien sûr, FLORE, aide-moi ! Tout doucement, je me suis agenouillée devant la dame pour atteindre ses yeux. FLORE a rempli l'espace vide qu'elle avait devant elle. La dame n'a pas bougé. L'infirmière non plus. Mais j'ai entendu une voix qui disait : "c'est une poupée Corolle, c'est Flore, ma Flore. Aimez-vous les poupées ? - Oui, j'aime les poupées (presque dans un soupir tellement j'avais peur que la voix ne s'éteigne) - J'ai une très belle collection de poupées. Venez, je vais vous la monter et ensuite nous boirons le thé". La dame s'est levée, simplement et s'est dirigée vers la maison. Arrivée dans l'entrée, elle s'est assise sur une chaise. La visite était terminée. L'infirmière m'a demandé si j'étais de la famille. J'ai dit oui et je suis partie, complètement bouleversée

Souvent, je me suis dit que j'aurais dû rester, mettre Flore dans les bras de la dame, lui parler encore .... Mais sur le moment, je n'ai pensé à rien. Tout cela était bien trop compliqué pour moi. Cette dame était atteinte d'une maladie grave, sans doute irréversible. Des gens très compétents prenaient soin d'elle, des médecins-spécialistes la voyaient quotidiennement. J'étais quoi, moi ? Une passante qui avait vécu un moment très fort. Je me suis retournée en passant la porte. L'infirmière était en train d'aider la dame à se lever. Elle semblait à bout de force. J'ai eu peur. Et si je lui avait fait du mal ? Et si à cause moi, son état empirait encore ? J'étais mal. Mais l'infirmière m'a souri, pour la première fois. C'est la dernière image que j'ai gardé de cette scène douloureuse. Le lendemain, j'ai téléphoné à la maison de retraite pour avoir des nouvelles de la dame. On m'a dit qu'elle se portait bien, aussi bien qu'hier et que demain, serait un autre jour ...

 

Les bruits de la ville, les klaxons m'ont rapidement ramené à la réalité. Ma réalité, c'est que j'avais très faim. Je n'avais rien mangé depuis ce matin et il était presque 16 h. Vite, un petit pain au chocolat ou une brioche. Rejoindre la grande maison et ramener les poupées avec moi.

 

C'est vrai, la dame ne m'avait pas donné son accord. Elle ne le pouvait pas. Mais dans toute cette émotion, un sentiment avait fait son chemin. Et si moi, je n'en étais pas sortie indemne, la petite voix non plus. Alors que le mot "payer" se cognait partout dans ma tête, comme une chauve-souris, j'ai entendu la petite voix :"Je crois qu'elle t'a confié ses poupées. Tu ne peux pas la trahir. Tu n'en as pas le droit. C'est toi qui est allée vers elle ..." J'ai pensé à mon mari, à mon livret de caisse d'épargne. C'est sûr, il faudrait que j'affronte tout cela dès ce soir ....

Mes jambes et mon cerveau fonctionnaient à la même vitesse. Mes pieds avaient hâte de retrouver la grande maison avec les poupées, de remonter dans la voiture et de rentrer à la maison. J'avais besoin de retrouver mes enfants et ma maison. Mon cerveau, lui était en ébullition. A chaque pas, une espèce de colère montait en moi contre la fille. J'estimais qu'elle ne s'occupait pas bien de sa Maman, qu'elle n'avait pas le droit de vendre les poupées. J'étais aveuglée par une colère sourde et violente, un orage très noir. Et puis, je me suis mise à pleurer, à pleurer très fort. Trop d'émotions. Ces larmes me faisaient mal car j'essayais de les contenir. J'étais dans la rue, il y avait du monde. Cela faisait du bruit et je marchais de travers. J'ai avisé un petit square et je me suis assise par terre derrière un banc. J'étais cachée. Lorsque mes larmes ont arrêté de couler et que j'ai repris conscience que j'avais un corps, que j'étais vivante, que j'aimais mes enfants, que j'étais heureuse, j'ai entendu la petite voix, cette petite voix, toujours la même. Nous avons tous une petite voix qui s'occupe de nous et qui nous dérange ... souvent. La mienne est insolente, moqueuse et a souvent tendance à me renvoyer mes erreurs à travers la figure. Elle ne m'épargne pas ou peu. Mais c'est une complice indispensable. Nous sommes unies pour la vie. Je lui dois beaucoup, mais ne le lui dites pas !

La petite voix me dit "ça y est, c'est fini ce gros chagrin ?". La petite voix avait une drôle de voix, presque tendre ... Elle continue :"ne te mets pas dans des états pareils, cela ne sert à rien" - "oui, je sais, si c'est pour me dire cela, ce n'est pas la peine !" - " du calme, ce n'est pas de ma faute si tu es en colère. Je comprends ta colère, mais elle n'a pas lieu d'être. Pourquoi te fâcher contre une femme dont tu ne sais rien à cause d'une autre femme dont tu ne connais rien non plus. Tu imagines des choses à cause de ce que tu as vécu aujourd'hui. Tu n'as pas le droit de juger, de condamner l'une et de plaindre l'autre. Tu ne sais rien de leur vie, de la vie de maman de l'une et de la vie d'enfant de l'autre. A cause de la terrible maladie de la vieille dame et à cause de la conduite que tu as jugée choquante de sa fille, tu as quitté ta place et tu en as prise une autre qui n'est pas la tienne. Tu as voulu être juge. Tu n'en as ni le droit, ni les compétences. Il faut que tu acceptes la situation comme elle est. Cela n'est pas de ton ressort. Certes, il y a injustice : pourquoi cette maladie de m..., pourquoi sacrifier les poupées ? Mais tu ne peux rien ou presque rien changer. Oublie ta colère, cesse de juger et regarde les choses positives de cette journée pas comme les autres.

Dans le cas contraire, tu ne t'en sortiras pas et tu risques de faire (encore !) des bêtises. Je ne pourrai peut-être plus t'aider ...

Comme on dit souvent, après la pluie, le beau temps. Je me suis ramassée comme j'ai pu et j'ai rejoint la grande maison, un peu plus légère. Mon absence n'avait en fait duré qu'une heure environ, un moment d'éternité de 60 minutes ! "Mon amie" était quelque part dans la maison. Depuis le jardin, je l'entendais parler à quelqu'un. J'ai sonné et j'ai crié "c'est moi". C'est moi, c'est idiot. Elle me connaît à peine. J'ai rajouté "la dame pour les poupées Corolle"- "ha oui, entrez. J'arrive" - "Ne vous dérangez pas, je vais préparer la voiture pour emmener les poupées". Vous êtes témoins, j'étais très polie ! Dans la voiture j'ai une brosse à vêtements à cause des poils de mes chiens. J'ai donc brossé et brossé encore les sièges afin d'accueillir dignement mes princesses. Mais le résultat n'était pas à la hauteur de mon énergie. J'étais contrariée. La dame est sortie en compagnie d'un monsieur. Il s'agissait de l'architecte, le meilleur de Paris, pas moins. Nous avons échangé un vague bonjour (je n'avais pas le bon look avec mes cheveux en bataille et ma voiture aux portes grands ouvertes !). J'ai demandé "auriez-vous un drap propre ou une couverture à me prêter, je vous le rendrai" - "allez à la cuisine, vous y trouverez des draps blancs neufs destinés à protéger mes meubles durant les travaux. Servez-vous. Je vous l'offre !" - "Royal". J'ai donc pu préparer le carrosse de mes princesses. Puis je suis montée à l'étage et deux par deux, je les ai descendues et mises dans la voiture. J'étais plus inquiète qu'elles ! Quelle grande famille tout-à-coup. Allais-je être "une bonne mère" ? Allaient-elles s'habituer à moi, à leur nouvelle vie ? Voila que je me mettais à dire des bêtises, la santé revenait ! Des bêtises, des bêtises, pas vraiment. Nous parlons toutes à nos poupées, nous savons toutes qu'elles ont ce petit supplément d'âme ...

Puis, j'ai pensé à mon mari qui savait très bien où j'étais et ce que j'y faisais. Le matin, avant de partir, il m'avait dit :"pas plus de 100, hein !". J'avais obéi, il n'y en avait que 22 !

 

Je suis remontée une dernière fois dans cette chambre aux poupées et je me suis assise sur une petite chaise vide et j'ai regardé autour de moi. Les autres poupées me souriaient, bienveillantes. "Qu'allez-vous devenir ? J'espère que vous trouverez une gentille Maman ?? " - "Vous les aimez vraiment, comme Mère les aimait !" La dame, la fille se tenait dans l'encadrement de la porte. Je ne l'avais pas entendu arriver. Je ne sais pas pourquoi j'ai dit "entrez donc" - "Non, je n'ai pas le droit. Mère me l'avait interdit lorsque j'étais petite. Je ne suis jamais entrée dans cette chambre" - "Entrez, s'il vous plait. Votre mère m'a dit aujourd'hui qu'elle souhaitait vous voir entrer dans cette pièce" (cette phrase est sortie toute seule, comme une main tendue) - "vous l'avez donc vu. Vous avez pleuré vous aussi, cela se voit. C'est triste, n'est-ce-pas ? Mère était une femme très forte, fille de militaire. C'est terrible de la voir ainsi. Cela va bientôt faire deux ans. Elle me manque beaucoup ..."

 

Moment de grâce éphémère car elle s'est ressaisie immédiatement. Elle a tourné les talons en disant "je vous attends en bas" !

 

Je crois que toutes les poupées m'ont fait un signe de la main.

 

Je l'ai rejointe dans l'entrée, j'ai fait mon chèque, nous nous sommes serrées la main (la mienne tremblait un peu) et je suis repartie, mais pas comme j'étais venue ! Je repartais avec 22 petites filles confortablement installées à l'arrière de la voiture, des petites chaises, des catalogues et surtout, surtout une nouvelle expérience qui m'avait permis de grandir un peu dans la sagesse et l'aventure humaine. La petite voix ne dormait pas, elle souriait ......

Je suis arrivée à la maison, un peu fatiguée. J'ai rangé la voiture dans le garage et j'ai fermé la porte. J'ai "récupéré" mes petits qui, heureusement avaient pris leur bain et mangé. (Merci Isabelle chérie). Je les ai couchés et attendu mon mari.

 

Alors ?

 

Alors voila, ai-je répondu en le poussant doucement vers la porte du garage. J'ai allumé la lumière, soulevé le drap blanc qui était replié et il a vu .... 22 petits visages souriants !

 

Waouh, c'est impressionnant !!

 

Tu es heureuse ? Oui !

 

Tu as des choses à me raconter ? Oui !

 

Tu veux que je t'aide à les monter ? Oui !

 

Tu me fais confiance ? Hé, elles ne sont pas en porcelaine, mes Corolle !

Quelques mois après, un matin, j'ai trouvé une poupée qui n'était pas à sa place. La place était vide et la poupée était posée sur un meuble.

 

J'ai demandé à mes enfants s'ils avaient déplacé cette poupée. Non.

 

Je l'ai remise à sa place et puis je n'y ai plus pensé.

 

Le soir, en rentrant, mon mari me dit "ce matin, j'ai trouvé une poupée par terre. Elle a dû glisser. Heureusement, qu'elle n'était pas en porcelaine !"

 

C'était quand même bizarre cette histoire ? Pourquoi cette poupée avait-elle glissé ?

Cela m' a perturbé pendant plusieurs jours.

 

J'ai vérifié la position de chaque poupée, j'ai caressé leurs petites joues roses, j'ai glissé mes doigts dans leurs anglaises, j'ai remis l.... et j'ai pensé à la chambre aux poupées.

 

J'ai téléphoné à la dame. Elle ne se souvenait plus de moi, j'ai insisté ... les poupées Corolle... la mémoire lui est revenue. Je n'ai pas eu besoin de lui poser la question : "Maman est morte au début du mois... d'une crise cardiaque.

 

J'ai surtout entendu un mot ...MAMAN. Cela m'a fait chaud au cœur !

 

 

SDC10061

 

 

Lire la suite