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Emelbay

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Histoire de brocante : poupée Corolle, seconde chance, seconde vie (4)

4 Décembre 2010 , Rédigé par EMELBAY Publié dans #Histoire de brocante

Il était temps pour elle de retourner dans le monde et de se présenter telle qu'elle était aujourd'hui : jolie, fraîche, élégante et radieuse.

 

Et un matin, je l'ai emmenée à l'école pour la montrer à la personne qui me l'avait vendue.

 

Je l'ai retrouvée, attendant son fils et en grande discussion avec d'autres mamans. Cela se passe comme ça sur tous les trottoirs du monde devant toutes les écoles du monde :)

 

Après avoir lancé un bonjour général qui a eu pour effet d'arrêter la conversation et de permettre à la personne à qui je souhaitais parler en particulier de me reconnaître, j'ai présenté la poupée avec un grand sourire en disant :

 

- " Vous la reconnaissez ?

 

- Oh, mais on dirait un peu la poupée que je vous ai vendue à la brocante !

 

- c'est elle.

 

- Incroyable. elle est toute belle.

 

- Hé, oui"

 

Et comme son fils arrivait en courant, elle lui a demandé s'il reconnaissait la poupée qui lui avait servi à jouer avec ses Play....Le gamin, un peu gêné, que sa mère lui rappelle ces souvenirs devant des inconnues et surtout devant un copain, s'est contenté de hausser les épaules et de partir en direction de la voiture familiale.

 

J'ai récupéré mes enfants et nous sommes rentrés à la maison. J'étais contente de la réaction positive de la dame, du plaisir qu'elle avait eu à revoir la poupée de sa fille, juste un peu remise à neuf.

 

Quelques jours après, c'est la dame qui est venue vers moi avec un sac qu'elle m'a tendu. Il contenait trois poupées Corolle (deux 36 cm et une autre 42 cm) et des vêtements.

 

La dame m'a dit :

 

- "Tenez, c'est pour vous.

 

- Pour moi ? C'est gentil d'y avoir pensé. Je vous dois combien ?

 

- Rien du tout. En fait, cela m'a ému de voir comme vous aviez bien refaite la première poupée.

 

Ces poupées, c'est ma mère qui les avait offertes à ma fille. Mais ma fille ne les a jamais aimées. Elle a toujours préféré les Barbies

 

Ma mère est morte l'année dernière et elle aurait été contente de voir les poupées en bon état. Cela lui a toujours fait de la peine de voir que ma fille ne s'y intéressait pas et que mon fils les maltraitait. Elle ne disait rien, mais je le savais.

 

Et puis,  ma fille a quinze aujourd'hui. Alors ces poupées, vous pensez bien qu'elle s'en fiche encore plus !"

 

J'ai emmené le sac à la maison et j'ai refait le même travail sur ces poupées que sur la première. Celles-ci avaient encore leurs cils. Le travail de remise en beauté a été plus facile.

 

Le lendemain, j'ai apporté des fleurs à la dame et une grosse boite de bonbons pour ses enfants. Je lui ai donné mon adresse pour qu'elle puisse venir voir ses poupées. Et elle est venue !

 

Et ces quatres poupées ont été les premières d'une longue série de petites rescapées auxquelles je continune, avec toujours autant de plaisir, à rendre leur beauté première ou une nouvelle beauté quand les circonstances ne  permettent pas  de faire autrement ...

 

 

 

 

 

 

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Histoire de brocante : poupée Corolle, seconde chance, seconde vie (3)

4 Décembre 2010 , Rédigé par EMELBAY Publié dans #Histoire de brocante

 

Dès le lendemain matin, je me suis occupée de ma poupée.

J’ai commencé par laver les parties en vinyl (visage, bras et jambes) avec du produit pour la vaisselle. Le résultat ne s’est pas fait attendre : mon gant de toilette était couvert de crasse et la couleur originelle du visage de la poupée était presque revenue. Je dis presque car ses joues et ses lèvres étaient aussi pâles que le reste du visage.

Puis j’ai lavé ses cheveux et je leur ai appliqué un démêlant.

Une fois que la chevelure a été bien lisse et qu’on pouvait y passer un peigne sans rester accrocher, j’ai posé un soin nourrissant.

Hé oui, la recette est la même, pour les humains comme pour les poupées : pour avoir de beaux cheveux, il faut se donner un peu de mal et ne pas hésiter à utiliser les produits  des laboratoires cosmétiques.

Les cheveux des poupées Corolle sont généralement de très bonne qualité et « se récupèrent » assez bien en cas de petit problème ou de mauvais traitement.

Pour nettoyer le body de la poupée, je l’ai assise dans un cuvette contenant de l’eau chaude et de l’eau de javel et je l’ai laissée ainsi quelques heures, lestée avec un presse-papier en verre .

Quand le body a été aussi propre que possible, j’ai rincé la poupée à l’eau claire. J’ai pressé le corps avec mes mains pour faire sortir un maximum d’eau et éviter les auréoles.

Puis, je l’ai posée à plat sur un linge pour la faire sécher. Je l’ai tournée régulièrement pour que l’air circule librement.

Ce que je raconte là, n’a rien d’extraordinaire : toutes les collectionneuses de poupées et beaucoup de mamans le savent aussi et emploient à peu près les mêmes méthodes.

J’ai lavé les petits vêtements à la machine. Ils sont ressortis presque impeccables. Et après un petit repassage, ils avaient très belle allure. Quant aux chaussures, un simple coup d’éponge à suffi pour les nettoyer.

J’avais fait tout ce que je pouvais.

Pour le reste, notamment les yeux, j’allais devoir mettre ma poupée dans un carton et l’envoyais par la poste pour la confier aux bons soins de la Clinique des Poupées Corolle.

Après un petit coup de téléphone à Langeais, pour annoncer la venue prochaine de ma poupée et décrire ses « problèmes de santé », ma belle est partie en voyage.

Une semaine après, elle était de retour avec de beaux yeux bleus ourlés de grands cils romantiques, de belles joues roses et une bouche légèrement colorée et brillante.

Quel plaisir de la retrouver si jolie !

Elle portait même un filet sur ses cheveux qui étaient beaucoup plus brillants qu’au moment de son départ.

Je pouvais reprendre mon travail de remise en beauté de ma poupée en lui posant des bigoudis pour redonner du mouvement à ses cheveux.

Après il n’y avait plus qu’à attendre…

Après deux semaines, j’ai enlevé les bigoudis et j’ai travaillé les cheveux avec mes doigts pour leur donner un joli mouvement.

Avant de la coiffer définitivement, je lui avais remis sa petite robe et ses chaussures. Une petite culotte, une paire de chaussettes et un ruban avaient complété sa tenue. Quant au manteau, je l’avais mis de côté pour l’hiver. Pour l’instant, nous étions au printemps.

Ainsi habillée et coiffée, comme elle était jolie ma petite princesse ! Elle n’avait plus rien à voir avec la vilaine géante du château Play….

 

 

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Histoire de brocante : poupée Corolle, seconde chance, seconde vie (2)

3 Décembre 2010 , Rédigé par EMELBAY Publié dans #Histoire de brocante

 

 

Entre le moment où j’ai commencé à écrire cette histoire et celui où je la poursuis, il s’est écoulé… un peu de temps que je n’ai pas vu passer !

Heureusement, je sais que je ne suis pas la seule à courir après le « temps libre », celui où l’on peut faire ce que l’on veut et oublier celui où il faut faire ce que l’on doit.

Je reviens en arrière au moment où j’étais en train de vous parler de la brocante de Créteil.

 

 

Cette année-là, nous étions deux copines à avoir monté un stand ensemble : quatre mètres de jouets, de livres, de bijoux fantaisie, de vêtements….Une table classique de vide-grenier.

Nous avions fini d’installer nos affaires, de ranger nos sacs et nos cartons et nous avions déplié nos sièges en toile.

Il était encore tôt et le jour venait à peine de se lever, mais le ciel promettait une belle journée et … météo France aussi !

Je décidais d’aller visiter « la concurrence » et surtout de partir à la recherche d’une petite poupée Corolle.

Je marchais tranquillement devant les stands, discutant à droite et à gauche, m’arrêtant de temps en temps pour inspecter une table ou un carton me semblant plus prometteur que les autres.

Et soudain, je l’ai vue, adossée à un vase, la poupée Corolle que je préfère, celle qui mesure 42 cm et qui a de longs cheveux.

Elle était là avec ses beaux yeux bleus, ses cheveux blonds.

Enfin, c’est comme cela que je la voyais, avec mes yeux de collectionneuse passionnée, d’admiratrice inconditionnelle des poupées Corolle.

En fait, la pauvre petite n’avait plus de cils à ses jolis yeux, ses cheveux étaient rêches et emmêlés, ses lèves avaient perdues leur couleur. Son body était tâché et elle ne portait aucun vêtement.

Mais grande chance, pas de trace de stylo ou de feutre autour des yeux ou sur les jambes. Traces souvent indélébiles ou très difficiles à faire disparaître.

Je l’ai prise dans les mains,, définitivement, car je savais déjà que je ne la laisserais pas sur cette table.

Je n’avais même pas demandé son prix.

Grosse erreur : et si celui-ci n’était pas raisonnable ? Les poupées Corolle ont de plus en plus la cote sur les brocantes.

J’ai donc demandé le prix à la dame qui tenait le stand. Son visage m’apparut comme familier, « une dame de devant l’école », j’en étais presque sûre.

« Oh, deux euros. Ma fille n’a pas tellement joué avec cette poupée. Elle aime surtout les barbies. Mais mon fils s’en servait pour jouer avec son château. Il disait que c’était une méchante géante qui voulait manger ses petits bonhommes. »

Pauvre poupée, ai-je pensé en moi-même et vilain petit garçon qui joue « à la guerre » avec une poupée Corolle !!

« Je prends la poupée (bien entendu !) ai-je répondu, soulagée que le prix soit si bas. Vous n’auriez pas des vêtements pour cette poupée, par hasard ?

 

Je ne sais pas. Il me reste encore un sac avec du bazar derrière. Je n’ai pas eu le temps de faire le tri. Tenez. Regardez si vous trouvez votre bonheur. Mais je vous connais, vous, vos enfants sont à Victor Hugo, non ?

 

 

 

Oui.

 

En quelle classe ? et bla bla bla…

Tout en répondant à la dame, je fouillais dans le sac et en retirait un chiffon sale qui avait dû être la robe de la poupée, une paire de chaussures et un manteau.

Les habits et accessoires étaient sales, mais pas déchirés, apparemment.

C’est pourquoi faire la poupée si vous n’avez pas de fille ?

 

Ben, c’est pour moi, je les aime bien.

 

Je crois bien que j’en ai d’autres à la maison. Je ne les ai pas apportées. J’ai déjà assez de bazar comme ça aujourd’hui.

     Je regarderai en rentrant et je vous le dirais la semaine prochaine.

Et vous en pensez quoi, vous de Madame Machin, c’est une bonne maîtresse ? parce que mon fils et patati et patata…"

 

     Je suis capable d’être la personne la plus patiente du monde ave la personne la plus bavarde du monde pour une poupée Corolle !!

 

Au bout d’un bon quart d’heure qui m’a semblé une éternité, j’ai repris mon chemin. J’ai continué ma promenade, toute contente d’avoir au fond de mon sac, ma belle poupée blonde, une poupée pleine de promesses à laquelle j’allais essayer de rendre sa beauté première.

J’ai encore acheté quelques bricoles et je suis retournée prendre ma place derrière mon stand.

La journée a été très agréable, entre les visites de mes enfants qui achetaient les jouets des tables voisines alors que moi j’essayais de vendre les leurs, enfin ceux qui ne les intéressaient plus ou ceux pour lesquels ils avaient passé l’âge, les bavardages avec les copines, les voisines et les clients.

Le soir venu, ma table était vide et mon porte-monnaie rempli de pièces.

Je ne fais pas cette brocante pour faire fortune (cela se saurait !). C’est surtout un moyen de vider un peu la salle de jeux  et les armoires et de passer une journée agréable QUAND LE TEMPS S Y PRETE !

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Histoire de brocante : poupée Corolle, seconde chance, seconde vie

23 Octobre 2010 , Rédigé par EMELBAY Publié dans #Histoire de brocante

 

La brocante des Bords de Marne est la brocante la plus importante et la plus intéressante de Créteil (94) : la plus importante car elle regroupe plus de 200 exposants particuliers et professionnels, la plus intéressante car les objets proposés sont très variés et de bonne qualité. De plus, l’endroit est très agréable car la brocante se situe dans un quartier agréable du vieux Créteil, entre un bras de la Marne et la grande Marne où se croisent des péniches et des bateaux.

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Depuis quelques années, des manifestations injustement appelées « vide-grenier ou pire, brocante » se multiplient dans la région. Il s’agit en réalité de « vide-poubelles » où des tas d’objets hétéroclites, sales et sans intérêt côtoient quelques stands de personnes vendant des choses d’occasion, mais en bon état. L’ambiance dans ces endroits douteux est très malsaine et les bagarres et les disputes sont très courantes.

Beaucoup de«  chineurs tranquilles », ainsi que  des familles en ont fait les frais et évitent  maintenant soigneusement ces endroits.

Jungle urbaine remplie de crocodiles, de serpents, d’araignées, de hyènes et de vautours …

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Je referme la parenthèse et je retourne sur la brocante des Bords de Marne à Créteil, un certain dimanche de printemps.

Comme j’habite à Créteil depuis plus de dix ans où je survis, plus que je ne vis et que mes enfants y ont fréquenté tour à tour l’école maternelle, puis  élémentaire Victor Hugo et enfin le collège du même nom, j’ai fait la connaissance de beaucoup de parents.

Et le hasard faisant, nous nous croisons chez les commerçants de la rue piétonne et bien entendu, sur la brocante  annuelle qui n’est pas très loin de ces endroits agréables du vieux-Créteil.

La Brocante des Bord de Marne se déroule toujours à la fin du mois de mars ou au début du mois d’avril, c’est-à-dire très tôt dans la saison, ce qui n’est pas toujours une bonne idée. La météo est capricieuse en région Ile de France et il y a plus de jours de pluie et de grisaille que de jours de beau temps. Mais c’est ainsi et on ne peut rien y faire sauf déménager vers des cieux plus cléments et plus agréables ! Je n’attends que cela ….

Tout cela pour vous dire que la brocante se déroule souvent sous la pluie et le vent. Et je me souviens que l’année dernière, pour ajouter un peu de piquant à la soupe du ciel, le dimanche choisie était celui du changement d’heure.

La brocante 2010 n’a pas laissé de bons souvenirs aux exposants, ni aux chineurs qui n’ont pas apprécié le désordre et la mauvaise ambiance qui régnait.

Je m’égare encore, je me plains, je râle…je suis donc au cœur de l’actualité !  

(à suivre …. La poupée n’est pas encore entrée en scène )

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Histoire de brocante : carnet rose.

25 Septembre 2010 , Rédigé par EMELBAY Publié dans #Histoire de brocante

 

C'était un dimanche matin un peu différent des autres car c'était un dimanche matin de vide-greniers.

 

Bien qu'il n'y ait aucune obligation, sauf peut-être celle d'être le premier à chiner et à fouiller sur les étals et dans les cartons, il vaut mieux se lever de bonne heure.

 

Ce matin-là, j'étais à peu près dans les temps, pas vraiment en avance, mais pas trop en retard non plus ! Neuf heures, ce qui n'est pas mal pour moi.

 

J'espérais, comme toujours, mais sans trop y croire, trouver une ou deux jolies poupées.

 

Mais ce qui m'attendait ce jour-là, ce dimanche de septembre, jamais je n'aurais pu l'imaginer.

 

D'ailleurs, qui aurait pu ?

 

Il y avait déjà beaucoup de monde lorsque je suis arrivée et la brocante battait son plein.

 

Comme je connaissais un peu les lieux, j'avais réussi à garer ma voiture assez facilement sur un emplacement pas vraiment adapté, mais pas non plus interdit. Un endroit un peu limite, toléré un jour de brocante, mais sur lequel il ne fallait quand même pas s'attarder trop longtemps.

 

J'avais prévu de rester deux heures environ sur le vide-grenier, puis de rentrer tranquillement à la maison retrouver mes enfants et mon mari. Avant de partir, il m'avait dit qu'il s'occupait du déjeuner et que je pouvais me promener tranquillement.

 

Il faisait beau et les rayons de soleil d'un été finissant promettaient une belle journée.

 

Toujours à la recherche d'une poupée, d'un petit vêtement, d'un sablier pour mon fils ou de la chose inattendue, de celle à laquelle on ne pense pas et dont on n'imagine même pas l'existence, je me baladais de tables en tables, de cartons en cartons.

 

Au bout d'une heure, j'avais déjà dans mon sac une belle robe de poupées, quelques paires de chaussures, un petit couffin, un sac de lego pour mes enfants et d'autres bricoles. 

 

Je suis bientôt arrivée aux abords d'une table sur laquelle se trouvait des petits bijoux fantaisie qui, j'en étais sûre, feraient le bonheur de mon adolescente de nièce.

 

J'ai dit bonjour, sans vraiment faire attention à la personne qui se trouvait de l'autre côté de la table. J'avais bien vu qu'il s'agissait d'une jeune femme et qu'elle était assise. Mais mon regard était plutôt fixé sur les objets en vente.

 

Alors que j'examinais un petit bracelet, j'ai entendu un "aïe" et un "ouh la la" assez plaintifs sortant de la bouche de quelqu'un qui avait vraiment l'air de souffrir.

 

J'ai relevé la tête et mes yeux sont tombés, d'abord sur un beau ventre rond, puis sur  le haut du corps d'une jeune femme cambrée sur une chaise et qui se frottait les reins.

 

enceinte


- "ça ne va pas ?" lui ai-je demandé.

 

- " J'ai mal au ventre, je crois que j'ai des contractions, j'ai peur !" me répondit-elle alors que des grosses larmes coulées sur ses joues.

 

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, j'étais assise sur la chaise vide placée à côté de la sienne et je lui avais pris la main.

 

Les gros ventres et les bébés, je m'y connais un peu :  j'ai vécu cinq fois la grande aventure de la vie. La vue d'une future-maman ne me laisse jamais indifférente, surtout lorsque celle-ci est en difficulté.

 

- "Vous êtes toute seule ?" ai-je poursuivi.

 

Elle n'avait pas retiré sa main de la mienne. Au contraire, elle la serrait bien fort.

 

 "Mon mari m'a accompagné ce matin et il est rentré à la maison pour finir  la peinture de la chambre du bébé. Je lui ai téléphoné. Il va arriver.

 

- Quand devez-vous accoucher normalement ?

 

- Dans trois semaines. Oh, ça recommence ! J'ai mal ! J'ai peur !

 

- Calmez-vous. Votre mari va arriver. Je vais rester avec vous jusqu'à ce qu'il vienne.

  Vous avez porté des cartons ce matin ?

 

- Oui, un peu. C'est trop tôt pour le bébé. Je ne dois pas accoucher maintenant.

 

- Détendez-vous. Ce n'est peut-être pas ça. C'est votre premier bébé ?

 

- Oui.

 

- Fille ou garçon ?

 

- Petite fille.

 

- Ha, super. Vous voulez marcher un peu ? Vous avez de l'eau ?

 

- Oui, je vais me lever. Il y a une bouteille sous la table. Faites attention à Penny."

 

A Penny ? C'est qui ça ?

 

Et en baissant les yeux, je vois un panier dans lequel dort un minuscule chien qui vient de lever la tête en entendant prononcer son nom.

 

- " Oh, qu'il est mignon.

 

- Mignonne, c'est une pépette? Un Chihuahua. Elle a un an."

 

La jeune femme se tient à mes côtés, les deux mains posées sur les reins, le ventre en avant. Je lui tiens un bras.

 

- "Je m'appelle Marie. Comment vous appelez-vous ?

 

- Sophie.

 

- J'ai cinq enfants. Je comprends bien ce qui vous arrive.

 

- ça fait mal. Je voudrais que mon mari arrive vite. Je voudrais partir d'ici. Mais qui va ranger mes affaires ? Je ne peux pas !"

 

Et la pauvre petite de se mettre vraiment à pleurer.

 

- "Ne vous inquiétez pas. Je garderai votre stand. Votre mari va s'occuper de vous. Il va vous emmener à la maternité et là-bas, on prendra bien soin de vous.

 

- Vous allez rester ici ?

 

- Oui, jusqu'à ce que vous soyez à l'abri. Vous avez peut-être de la famille ou des amis que votre mari pourrait ensuite appeler pour venir récupérer vos affaires ? Pour l'instant, c'est un détail. Il ne faut pas vous tracasser pour ça. Pensez au bébé."

 

Je voyais bien que l'affolement, la peur et bientôt la panique gagnaient la jeune femme. Elle ne comprenait pas pourquoi ce bébé tant attendu voulait brusquement sortir alors qu'elle même ne l'attendait que dans trois semaines.

 

 

 

Enfin, je l'ai entendu crier :

 

- " Paul, le voila, il est là"

 

J'ai vu arriver un grand gaillard accompagné de personnes de la sécurité civile. Leur ambulance se trouvait à l'entrée de la brocante et il avait eu la bonne idée de leur demander de l'accompagner.

 

Déjà, ils s'empressaient autour de Sophie.

 

Paul me regardait d'un air étonné, tandis que les curieux s'arrêtaient devant le stand.

 

Je lui ai alors brièvement raconté ce que je faisais là, comment et pourquoi. Je lui ai donné mon numéro de portable en lui expliquant que j'allais garder la table pendant qu'il s'occuperait de sa femme et que j'attendrais ici qu'il trouve quelqu'un pour venir me remplacer.

 

La panique commençait à le gagner lui aussi, tandis que les personnes de la sécurité civile aidaient Sophie à rejoindre l'ambulance qui, heureusement, n'était pas loin. Ils la tenaient fermement chacun d'un côté et l'aidaient à marcher.

 

La jeune femme s'est alors retournée vers moi en disant :

 

- " Penny ? Qui va s'occuper d'elle ?

 

- Ne vous inquiétez pas. Je vais veiller sur elle. Vous pouvez compter sur moi.

  Tout va bien se passer maintenant. »

 

Le pauvre Paul ne savait plus très bien que faire. Il ne me connaissait pas plus que je ne le connaissais. Il avait besoin d'être rassuré et un peu remis sur les rails.

 

- "Allez, lui dis-je, partez vite avec votre femme. Vous pouvez me faire confiance. Appelez-moi dès que vous serez à l'hôpital. Bon courage et surtout, ne paniquez pas : Sophie va avoir besoin de vous.

 

- Oui, vous avez raison. Merci pour tout... euh.... Madame ....

 

- Je m'appelle Marie. Filez maintenant. Ils vont  partir à l'hôpital sans

   vous !"

 

Et bientôt, je me suis retrouvée toute seule, à tenir un stand et à vendre des objets qui ne m'appartenaient pas et à garder un petit chien qui ne me connaissait pas.

 

Sur la table se trouvait une liste avec tous les articles à vendre, ainsi que leur prix. Une chance !

 

Il me restait à appeler mon mari pour lui expliquer pourquoi j'allais rentrer plus tard que prévu et lui raconter ce qui était arrivé.

 

Comme je m'y attendais, il a trouvé mon histoire assez incroyable. J'ai bien senti à sa voix que cela le contrariait : mon mari n'aime pas que l'on soit en retard à table le dimanche quand il fait la cuisine et que toute la famille est rassemblée.

 

 

Mais j'avais promis à Sophie de m'occuper de sa table jusqu'à ce que son mari m'envoie un ou une remplaçante. Je tiendrais ma promesse tout en espérant que mon mari à moi ne soit pas fâché lorsque je rentrerais à la maison. 

 

 

 

 

Pas facile de bien faire, pas facile de plaire à tout le monde, surtout lorsque l'on donne la priorité à des inconnus et non pas à sa famille.

 

Mais dans le cas présent, j'étais sûre de mon choix : on n'abandonne pas une future-maman qui est en difficulté. Parole de maman !

 

Au bout d'une heure, mon téléphone a sonné. C'était Paul, le futur papa qui me racontait que Sophie était à la maternité, que le travail avait commencé et que... et que.... dans quelques heures, le bébé serait là. Il était bouleversé, complètement pris de court, angoissé. J'ai essayé de le rassurer du mieux que je pouvais. Mais sans beaucoup de résultat. Il n'était pas prêt. J'espérais simplement que les heures qui allaient précéder la naissance de son premier enfant lui permettraient de retrouver un peu  de calme et de maîtrise.

 

Il me prévenait aussi que son jeune frère allait bientôt me rejoindre à la brocante pour s'occuper du stand.

 

J'étais rassurée pour Sophie et le bébé car ils étaient en de bonnes mains et soulagée de savoir que bientôt je pourrais rentrer chez moi.

 

Mais Paul avait besoin de parler de ses angoisses et le hasard m'avait mise sur son chemin. Il se confiait à moi comme à une grande soeur : et si l'accouchement se passait mal, et si Sophie et le bébé mourraient ? Pourquoi la naissance arrivait-elle si tôt ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ???

 

Je n'en savais rien, moi. Je l'écoutais et cela semblait lui faire du bien de parler, d'exprimer ses peurs sans retenue et même de pleurer.

 

Je lui ai alors suggéré de retourner auprès de Sophie qui devait sûrement avoir besoin de lui, de lui tenir la main et de l'aider à vivre et à traverser les moments difficiles de son accouchement.

 

La pensée de Sophie qui devait l'attendre, qui était seule avec ses douleurs, lui a remis la tête à l'endroit.

 

Il m'a dit que  j'étais géniale, qu'il m'adorait et que maintenant, il savait ce qu'il devait faire.

 

Il m'a embrassé et m'a promis qu'il me donnerait rapidement des nouvelles.

 

Moi, j'étais un peu étonnée de la brutale intimité qui me liait si soudainement avec ce garçon que je connaissais à peine, mais heureuse d'avoir pu servir à quelque chose dans un moment si fort.

 

J'ai pris Penny sur les genoux. La douceur de son poil et sa présence silencieuse m'ont fait du bien.

 

Je l'ai gardée sur moi jusqu'à l'arrivée du petit frère. Je lui ai "donné les clefs du bazar" et je suis vite partie. 

 

J’ai regardé l’heure : presque 14 heures et j’ai pensé : « zut, ma voiture ! Je vais avoir un P.V. ! »

 

Mais il n’en était rien, heureusement, malgré mon stationnement un peu à la hussarde. La police avait sans doute d’autres chats à fouetter ou avait fait preuve de tolérance en ce jour de vide-grenier. Allez savoir ?

 

Toujours est-il que j’avais à peine quitté ma place qu’une autre voiture la prenait !

 

J’ai appelé mon mari pour le prévenir que j’arrivais. Je n’étais pas très loin, à quinze minutes de la maison.

 

Lorsque je suis arrivée, il m’attendait en regardant la télévision et n’avait pas l’air fâché. Mes enfants étaient retournés à leurs occupations. Tout était calme.

 

-       « Dommage pour toi, tu as raté un très bon repas. Les enfants se sont régalés.

 

-       Je suis vraiment désolée. Je vais te raconter. Mais j’ai très faim. Il ne reste plus rien ?

 

-       Non, rien du tout !

 

-        ? ? ? ?

 

-       Je rigole . Ton repas est au chaud dans le four.

 

-        :) :) :) :)       »

 

 

J’ai mangé de bon appétit tout en racontant à mon mari et à mes garçons, la matinée un peu exceptionnelle que je venais de vivre.

 

L’après-midi et le début de soirée ont passé, sans que je reçoive de nouvelles de Sophie.  Et vers 21 heures, mon téléphone a sonné.

 

C’était Paul. Il m’annonçait que le bébé était né, que Sophie était très fatiguée, mais qu’elle se portait bien. L’accouchement avait été éprouvant car le bébé avait eu du mal « à atteindre la sortie ».

 

Je le sentais fatigué aussi, mais très heureux et fier d’être papa. La petite fille pesait 2,9 kg et mesurait 48 centimètres. Les médecins l’avaient placé en couveuse pour la réchauffer.

 

-       «  Et comment se prénomme votre petite princesse ?

 

-       Galatée.

 

-       Galatée ? Quel joli prénom ! Cela me rappelle un personnage de ballet. Mais je ne sais plus qui, ni quel ballet ??

 

-       C’est drôle ce que vous me dites car Sophie est professeur de danse classique et c’est en référence à un ballet qu’elle a dansé à l’opéra de Paris qu’elle a choisi ce prénom. »

 

Paul m’a donné le nom et l’ adresse de la maternité où se trouvait Sophie et le lendemain après-midi, après avoir fait un détour dans un magasin de jouets pour acheter un joli doudou COROLLE, je suis allée voir la toute nouvelle maman et son adorable petite fille.

 

corolle-patachou-dragee.jpeg


J’ai eu de la chance quand je suis arrivée car elles étaient seules. Sophie m’a accueilli avec un beau sourire. Ses traits étaient tirés, mais elle était heureuse.

 

Galatée dormait paisiblement dans son berceau : un amour de petite fille.

 

Comme toutes les jeunes mamans, Sophie m’a raconté son accouchement.

 

 Chaque accouchement est différent, mais les mots sont souvent les mêmes :  incroyable … si mal les contractions … magique…j’ai vu mon bébé …. Il a pleuré très fort ….moment unique…. Trop d’émotions….

 

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Galatée a quatre ans aujourd’hui. Je suis sa seconde marraine. Sophie a une petite sœur à qui la place revenait de droit.

 

 

 

 

Je vois la petite fille très régulièrement. Mes garçons l’adorent, eux qui n’ont pas de petite ou de grande soeur.  

 

 

 

Mais le moment où j’ai été le plus ému, c’est cette année au mois de juin, lorsque je l’ai vue sur scène, vêtue d’un tutu rose, une petite couronne de fleurs posée sur ses cheveux, faire ses premiers pas de danse sur scène devant un public conquis de mamans, de papas, de mamies, de papis et de … marraines, complètement sous le charme de ce petit rat de l’opéra et de ces petites camarades.

 

Sophie était très fière de ses élèves, les grandes, les moyennes et les petites et plus particulièrement de sa petite danseuse à elle.

 

Paul, assis à mes côtés, était ému jusqu’aux larmes. Toujours aussi sensible, mon grand gaillard !!

 

 

 

 

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Dernière nouvelle : Galatée a une grande nouvelle à vous annoncer. Elle va avoir un petit frère ou une petite sœur.

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors pas de brocante pour Sophie, cette année. Enfin, j’espère … :)

 
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Clémentine, la poupée de mon copain Michel.

13 Juillet 2010 , Rédigé par EMELBAY Publié dans #Histoire de brocante

Clémentine a une place à part dans ma collection, vous vous en doutez bien.

 

Je n'ai jamais su où Michel l'avait trouvée. Secret de brocanteur ...

 

Elle est née en 1994.

 

 

Clémentine est une ravissanteSDC10906.JPG poupée signée Catherine Réfabert. Elle porte une très jolie robe et un chapeau assorti.

 

De quelle couleur sont ses yeux ? De la plus belle, celle de l ' AMITIE. 

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Histoire de brocante : mon copain Michel (fin)

13 Juillet 2010 , Rédigé par EMELBAY Publié dans #Histoire de brocante

Durant cette année là, j’ai fréquenté d’autres brocantes où j’avais toujours l’espoir de revoir Michel.

Mais cela ne s’est jamais produit.

Et lorsque l’année suivante, le vide grenier où j’avais fait sa connaissance, est enfin arrivé, j’avais hâte de m’y rendre.

Mon mari, à qui j’avais raconté cette drôle de rencontre, mais qui ne m’accompagne jamais sur les brocantes, espérait tout comme moi que mon ami le brocanteur serait présent. Il avait gagné sa sympathie, même s’il ne l’avait jamais rencontré.

Inutile de vous dire que je n’ai eu aucun mal à me lever ce dimanche là. J’avais un rendez-vous …

J’ai préparé un sac à dos dans lequel j’ai glissé une bouteille de c… light, un gros paquet de chips, une friandise pour Rouky et …. une bouteille de vin blanc sec !

 

Il n’était pas encore 9 heures lorsque je suis arrivée à la brocante. Un exploit pour moi.

La météo était un peu moins favorable que l’année passée. Le ciel était nuageux et le soleil un peu timide.

J’ai refait le même chemin, sans vraiment prêter attention aux différents stands et  avant même d’arriver à l’endroit où j’avais rencontré Michel, j’ai entendu sa voix :

-         « Raoul, tu le fais combien le livre de Tintin ? »

 

Il était là et moi tout-à-coup, j’étais pétrie par la timidité et le doute.

 

Je n’ai pas entendu la petite voix. Elle se faisait toute petite. Elle préférait se taire (pour une fois !!).

 

Et s’il ne se souvenait plus de moi ? et s’il ne me reconnaissait pas ? et si … et si ?

J’ai attendu quelques secondes, sans bouger, à quelques mètres des tables avant de me lancer.

Michel était assis sur sa chaise, Rouky à ses pieds. Il n’avait pas changé. Toujours le même chapeau. A ses côtés, se tenait, celui qui devait être Raoul.

Le cœur battant, un nœud au ventre, je me suis approchée.

-         « Bonjour Michel »

Un peu surpris, sans doute, que quelqu’un l’appelle par son prénom, il a tourné la tête.

Il m’a regardé et à son sourire, j’ai compris qu’il ne m’avait pas oublié.

-         «  Cré nom d’une pipe. Te v’la toi. Hé Raoul, c’est Marie ! »

Je crois que je devais être un sourire de haut en bas et rouge comme une fraise. (je préfère les fraises aux tomates J)

-         « vous allez bien ? C’était votre anniversaire, cette semaine ?

-         Viens ici qu’on cause un peu et viens dire bonjour au Rouky et à mon copain Raoul.

Raoul, viens dire bonjour à la p’tite qui m’a sauvé la vie l’an passé ! »

 

J’ai serré la main de Michel, de Raoul et j’ai caressé le brave Rouky, qui était ravi de rencontrer quelqu’un qui s’intéressait un peu à lui.

 

Nous avons parlé de la météo, de « comment ça va les affaires », de la santé de Raoul et de toutes ces petites choses qui font la vie de chacun d’entre nous.

 

Puis Michel a dit :

 

-         Allez, on va boire un petit coup pour fêter tout ça.  Je vais chercher les verres et la bouteille. Y a  pas eu d’misére aujourd’hui »

Et comme Michel me faisait un clin et s’apprêtait à se lever, je lui ai dit :

-         « J’ai apporté ce qu’il faut, mais j’ai pas de tire-bouchon »

J’ai sorti ma bouteille du sac et je lui ai tendue.

-« J’espère que ce vin est bon. C’est mon mari qui l’a choisi. Et j’ai des chips aussi. Et ça, c’est pour toi, mon Rouky. »

Et j’ai tout posé sur la table entre les bibelots, les livres et les autres objets.

Michel et Raoul se regardaient l’air incrédule, tandis que le chien mangeait avec plaisir ses gâteaux.

-         «  Ben, mon Raoul, nous v’la bien gâtés. J’te l’avais dit qu’elle était brave la Marie, une bonne gosse.

 

J’vais chercher les outils »

 

 

Et comme la première fois, il est revenu avec deux verres à pied en cristal impeccablement propres et … un verre à moutarde aux couleurs de « Bonne Nuit les Petits » (on se demande bien pour qui ?) posés sur un plateau argenté.

 

Il m’ a tendu le verre à moutarde en disant :

 

-         « C’est de ton âge et le verre est spécial pour résister à ton machin à bulles ! »

 

Puis il a rempli avec soin les deux beaux verres. Un pour Raoul, l’autre pour lui.

 

 

Et nous avons trinqué tous les trois, comme de vieux copains, Michel, Raoul et moi au milieu de la brocante, devant des passants amusés ou médusés par le spectacle.

 

Puis, Michel a dit :

 

-         « Très bien ton p’tit vin. Ton mari a bien choisi.

       Tu sais que j’attendais, ma Poule. Hein, Raoul que c’est vrai ? »

Et Raoul d’acquiescer de la tête.

-«  T’aimes toujours les poupées ?

- oui

- Alors, j'ai quelque chose pour toi. Bouge pas !"

 

Tout en parlant, Michel est parti en direction du fourgon.

Mais pas vers les portes arrière. Il est allé dans la cabine de laquelle il a sorti un étrange paquet. Il est revenu vers moi et l’a déposé sur mes genoux. Quelque chose de grand était emballé dans un drap un peu gris.

-«  c’est pour moi ?

 

-         Ben oui, allez ouvre qu’on voit c’qui y a dedans »

Et j’ai ouvert le drap pour trouver une magnifique poupée Corolle.

J’en avais le souffle coupé.

-         « comme elle est belle, oh la la la !

-Elle te plaît c’est vrai ? j’lai gardée rien que pour toi. Raoul, il a voulu la vendre, mais j’ai dit t’attends qu’on ait fini Créteil. Après on verra !

Donne 1 euro au chef, c’est le prix ! »

-         Merci Michel, merci Raoul. Je ne sais pas quoi dire. Elle est si belle cette poupée !

-         Alors dis rien !

 Bon ben, faudrait peut-être bosser maintenant parce c’est pas comme ça qu’on va gagner des sous ! »

Je ne suis pas allée plus loin dans la brocante. Qu’aurais-je pu trouver de plus beau que mes deux copains et cette poupée ?

 

En quittant Michel, Raoul et Rouky,  je leur ai :

-         «  à l’année prochaine, même heure, même endroit.

-          

-         T’oublie pas la quille, ton poison, les chips et un p’tit quelque chose pour le Rouky ! »

 

Et je suis rentrée chez moi, ma précieuse poupée dans les bras, heureuse d’avoir revu Michel, mon copain le brocanteur.

Ce sont des rencontres comme celle-ci qui donnent tout son sens à la vie. Pendant quelques instants, on vit un grand moment d’amitié pure, tellement simple, tellement inattendu, qu’on en oublie tout le reste.

Cela donne une nouvelle source d’énergie, un sentiment de bonheur très fort,  capable de nous transporter très loin et très longtemps.

J’ai revu Michel, Raoul et Rouky cinq années de suite. Toujours au même endroit et deux fois sous la pluie !

Le rituel était immuable : le bonheur de trinquer pour l’anniversaire de Michel et pour les retrouvailles de l’amitié.

Et je suis toujours repartie avec une poupée et même une fois avec une maison de poupée.

La sixième année, j’étais toute seule au rendez-vous. La septième aussi.

J’ai demandé aux autres brocanteurs s’ils connaissaient Michel et s’ils savaient où il était.

A la première question, la réponse était positive. A la seconde, il n’y en a pas eu.

Personne ne savait.

 

Michel m’avait toujours dit qu’un jour il partirait faire un voyage en Amérique avec Raoul et Rouky. Il voulait voir les indiens et les cow-boys. C’était son rêve : découvrir le pays de John Wayne.

 

Oui, je pense qu’il a dû partir et que l’année prochaine, il sera de retour pour me raconter son voyage au pays du c…light !

 

 

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Histoire de brocante : mon copain Michel (5)

11 Juillet 2010 , Rédigé par EMELBAY Publié dans #Histoire de brocante

 

Décidément, quelle matinée ! Une drôle de rencontre et un cadeau inespéré.

 

Je lui tends une pièce. Je suis contente et émue aussi.

 

Derrière ce bonhomme aux manières un peu rudes, se cache un Monsieur, un gentil Monsieur qui aime son chien, qui boit du vin dans un verre à pied en cristal et qui a du cœur.

 

Michel empoche la pièce et me regarde. Ses yeux pétillent de malice. Il sait qu’il vient de me faire un beau cadeau, qu’il vient de me faire plaisir et je crois que cela le rend heureux.

 

Mais ce petit instant d’amitié entre un vieux brocanteur et une chineuse du dimanche, est interrompu par les affaires.

« C’est combien le réveil ? Vous le faites combien le livre ?

La brocante et son petit monde reprennent leurs droits.

Je dis au revoir à Michel et à Rouky qui a bien aimé les chips aussi !

 

Au moment où je quitte le stand, Michel me demande :

 

« c’est comment ton petit nom ?

 

-         Marie.

 

-         Marie…. Comme ma mère.

Allez à la revoyure »

 

Et il retourne s’asseoir dans son siège tout en expliquant à un client intéressé par un vieux vase que celui-ci a une très grande valeur car il provient du palais de l’Elysée, du temps du Général de Gaulle.

 

Sacré Michel ! Il me fait un clin d’œil. Je lui fais un petit signe de la main et je rentre chez moi.

 

Tout en marchant, je m’adresse à Miss Rabat-joie :

 

-«  hé, tu dors là-haut ou tu boudes ?

 

- c’est fermé. Reviens un autre jour !

 

-         Aujourd’hui, c’est moi qui avais raison.

-         Et … toi et moi, on a un nouvel ami. Admets au moins que j’ai raison ?

-          

-         Ouais….

 

-         On ne dit pas « ouais « . On dit « Oui Marie » et avec le sourire ».

 

-         Le sourire, je l’avais sur les lèvres et au lieu de marcher dignement sur le trottoir, je sautillais comme une petite fille heureuse qui rentre de l’école avec un bon-point dans sa poche .

 

 

 

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Histoire de brocante : mon copain Michel (4)

10 Juillet 2010 , Rédigé par EMELBAY Publié dans #Histoire de brocante

Le rayon « vins et spiritueux » de ce petit magasin de quartier est bien rempli. J’examine attentivement les bouteilles de vin blanc pour trouver celle qui correspond à la commande du brocanteur : vin blanc sec, bouteille en verre, environ 8 euros. Il y en a plusieurs qui peuvent convenir. J’en choisis une qui a un joli nom et je me dirige vers la caisse.

Subitement, j’ai une idée. Je me dirige vers le rayon des sodas et je prends une petite bouteille de c…light, pour moi. Je pourrais peut-être trinquer avec le vieil homme en l’honneur de son anniversaire. Mais pas question de boire du vin.

Au passage, je prends aussi un paquet de chips. La totale.

Mais aurais-je le courage de lui proposer de trinquer ? Allait-il accepter de lever son verre de vin blanc à la hauteur d’un verre de c…light ? J’avais de sérieux doutes. Le monsieur était plutôt du genre authentique. Alors le c… light ?

Au pire, je pourrais toujours laisser la bouteille dans mon sac.

Mes achats effectués, je suis retournée à la brocante où j’ai retrouvé mon brocanteur, son brave chien et son bazar .

-         « Ha, te v’la. T’es une brave fille, toi. Fais moi voir ce que t’as acheté. »

Je lui tends la bouteille qu’il examine d’un œil averti et lui rends sa monnaie. 

 

 Tout à coup, j’ai un peu peur de sa réaction. Et si j’avais mal choisi, et s’il n’était pas content ?

La petite voix en profite pour se rappeler à mon bon souvenir :

-« Tu t’es encore mise dans une drôle de situation. Pourquoi n’es-tu pas raisonnable ? On ne le connait pas cet homme. Pourquoi faut-il toujours que tu mettes ton nez dans les affaires des autres ?

- Mais je n’ai rien fait de mal. Je voulais juste rendre service. Et puis, il y a ce pauvre chien … »

Un « ça m’a l’air pas mal, ma Poule ! » me ramène à la réalité du moment.

Mon brocanteur a l’air content et armé d’un vieux tire-bouchon auquel aucun bouchon n’a jamais résisté, il est en train d’ouvrir la bouteille.

Il respire délicatement l’odeur du vin et semble satisfait.

Il pose précautionneusement la bouteille sur la table, dans un espace suffisamment grand destiné à cet usage, et se saisit d’un magnifique verre à pied en cristal, sorti de je ne sais où.

L’étonnement se lit sur mon visage. Il me regarde en souriant et me dit :

-         J’ai mes élégances. Je ne bois que dans des verres à pied en cristal. A l’armée, j’étais sous-officier. Parfaitement. »

Et il goûte le vin. Son air de contentement en dit plus long que n’importe quel discours.

Ouf, je suis sauvée.

Il fait claquer sa langue et me dit : 

-« T’as fait un bon choix. Y a rien à dire »

Encouragée par cette victoire, je lance :

-« Et si on trinquait pour votre anniversaire ? »

Il me regarde l’air soupçonneux et me dit :

-«  Ha non, ma p’tite. T’es trop jeune pour boire du vin ! »

- j’ai une boisson. C’est comme de la limonade… et des chips aussi !

- des chips ! et pourquoi pas du c… tant que t’y es !".

Sa phrase me fait l'effet d'une douche froide. Je suis allée trop loin. Je recule.

-" bon ben, je m’en vais alors. Au revoir Monsieur et … bon anniversaire, quand même !

- Ben te fâche pas et t’en vas pas. Regarde le Rouky qu’est tout triste. Et comment qu’on va trinquer tous les deux ! sors ta mixture et tes chips ! »

Et me voila, par une belle matinée de printemps, à trinquer avec un monsieur que je connais depuis moins d’une heure en l’honneur de son anniversaire.

Je n’oublierai jamais ce moment.

En riant,  le brocanteur me dit :

 

-« faut pas trop boire de ta sa… de c….. Tu vas t’empoissonner. Sont pas mauvais tes chips, ma Poule !

Mais tu cherchais quoi sur mon stand quand t’es venue ?

-         Des poupées et des habits de poupées.

        

-         Des poupées et des habits de poupées ? Bouge pas.

Et curieusement, je le vois retourner dans son camion. Tout en caressant Rouky, j’entends des bruits de chûtes d’objets, des jurons bien servis et je vois le brocanteur revenir avec un sac à la main.

Il me le tend et me dit :

-         « Regarde ce qu’il y a la dedans. »

J’ouvre le sac et je vois d’abord des grandes jambes. Je sors une grande poupée mannequin. Ho, Cathie !! et au fond du sac, des habits, pleins d’habits pour elle.

Mon cœur bat. Je suis ravie.

Le brocanteur me regarde et me dit :

-         « tu vois, j’avais pas sorti ce sac ce matin. D’habitude, c’est Raoul qui s’occupe des jouets. Moi, c’est plutôt les bibelots.

-          

-         Je voudrais bien vous acheter la poupée et les habits. Vous les vendez combien , Monsieur?

-         - Arrête de m’appeler Monsieur ? Mon nom c’est Michel, comme Michel Sardou.

J’te vends le sac … 1 euro parce que si je te le donne, ça va me porter malheur et Raoul y va g… »

 

 

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