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Emelbay

Histoire de brocante : mon copain Michel (4)

10 Juillet 2010 , Rédigé par EMELBAY Publié dans #Histoire de brocante

Le rayon « vins et spiritueux » de ce petit magasin de quartier est bien rempli. J’examine attentivement les bouteilles de vin blanc pour trouver celle qui correspond à la commande du brocanteur : vin blanc sec, bouteille en verre, environ 8 euros. Il y en a plusieurs qui peuvent convenir. J’en choisis une qui a un joli nom et je me dirige vers la caisse.

Subitement, j’ai une idée. Je me dirige vers le rayon des sodas et je prends une petite bouteille de c…light, pour moi. Je pourrais peut-être trinquer avec le vieil homme en l’honneur de son anniversaire. Mais pas question de boire du vin.

Au passage, je prends aussi un paquet de chips. La totale.

Mais aurais-je le courage de lui proposer de trinquer ? Allait-il accepter de lever son verre de vin blanc à la hauteur d’un verre de c…light ? J’avais de sérieux doutes. Le monsieur était plutôt du genre authentique. Alors le c… light ?

Au pire, je pourrais toujours laisser la bouteille dans mon sac.

Mes achats effectués, je suis retournée à la brocante où j’ai retrouvé mon brocanteur, son brave chien et son bazar .

-         « Ha, te v’la. T’es une brave fille, toi. Fais moi voir ce que t’as acheté. »

Je lui tends la bouteille qu’il examine d’un œil averti et lui rends sa monnaie. 

 

 Tout à coup, j’ai un peu peur de sa réaction. Et si j’avais mal choisi, et s’il n’était pas content ?

La petite voix en profite pour se rappeler à mon bon souvenir :

-« Tu t’es encore mise dans une drôle de situation. Pourquoi n’es-tu pas raisonnable ? On ne le connait pas cet homme. Pourquoi faut-il toujours que tu mettes ton nez dans les affaires des autres ?

- Mais je n’ai rien fait de mal. Je voulais juste rendre service. Et puis, il y a ce pauvre chien … »

Un « ça m’a l’air pas mal, ma Poule ! » me ramène à la réalité du moment.

Mon brocanteur a l’air content et armé d’un vieux tire-bouchon auquel aucun bouchon n’a jamais résisté, il est en train d’ouvrir la bouteille.

Il respire délicatement l’odeur du vin et semble satisfait.

Il pose précautionneusement la bouteille sur la table, dans un espace suffisamment grand destiné à cet usage, et se saisit d’un magnifique verre à pied en cristal, sorti de je ne sais où.

L’étonnement se lit sur mon visage. Il me regarde en souriant et me dit :

-         J’ai mes élégances. Je ne bois que dans des verres à pied en cristal. A l’armée, j’étais sous-officier. Parfaitement. »

Et il goûte le vin. Son air de contentement en dit plus long que n’importe quel discours.

Ouf, je suis sauvée.

Il fait claquer sa langue et me dit : 

-« T’as fait un bon choix. Y a rien à dire »

Encouragée par cette victoire, je lance :

-« Et si on trinquait pour votre anniversaire ? »

Il me regarde l’air soupçonneux et me dit :

-«  Ha non, ma p’tite. T’es trop jeune pour boire du vin ! »

- j’ai une boisson. C’est comme de la limonade… et des chips aussi !

- des chips ! et pourquoi pas du c… tant que t’y es !".

Sa phrase me fait l'effet d'une douche froide. Je suis allée trop loin. Je recule.

-" bon ben, je m’en vais alors. Au revoir Monsieur et … bon anniversaire, quand même !

- Ben te fâche pas et t’en vas pas. Regarde le Rouky qu’est tout triste. Et comment qu’on va trinquer tous les deux ! sors ta mixture et tes chips ! »

Et me voila, par une belle matinée de printemps, à trinquer avec un monsieur que je connais depuis moins d’une heure en l’honneur de son anniversaire.

Je n’oublierai jamais ce moment.

En riant,  le brocanteur me dit :

 

-« faut pas trop boire de ta sa… de c….. Tu vas t’empoissonner. Sont pas mauvais tes chips, ma Poule !

Mais tu cherchais quoi sur mon stand quand t’es venue ?

-         Des poupées et des habits de poupées.

        

-         Des poupées et des habits de poupées ? Bouge pas.

Et curieusement, je le vois retourner dans son camion. Tout en caressant Rouky, j’entends des bruits de chûtes d’objets, des jurons bien servis et je vois le brocanteur revenir avec un sac à la main.

Il me le tend et me dit :

-         « Regarde ce qu’il y a la dedans. »

J’ouvre le sac et je vois d’abord des grandes jambes. Je sors une grande poupée mannequin. Ho, Cathie !! et au fond du sac, des habits, pleins d’habits pour elle.

Mon cœur bat. Je suis ravie.

Le brocanteur me regarde et me dit :

-         « tu vois, j’avais pas sorti ce sac ce matin. D’habitude, c’est Raoul qui s’occupe des jouets. Moi, c’est plutôt les bibelots.

-          

-         Je voudrais bien vous acheter la poupée et les habits. Vous les vendez combien , Monsieur?

-         - Arrête de m’appeler Monsieur ? Mon nom c’est Michel, comme Michel Sardou.

J’te vends le sac … 1 euro parce que si je te le donne, ça va me porter malheur et Raoul y va g… »

 

 

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miss aline 12/07/2010 10:01


C'est-y pas de la chance ça !!!!!!!


Franchement !!!!!


nanou 11/07/2010 12:03


Superbe histoire, une étincelle de bonheur pour les 65 ans de ce monsieur! Je crois que j'aurais fait comme toi!
Un vrai conte d'un jour.


Marie-Annick 11/07/2010 07:32


Comme toujours, j'adore ce que tu écris et je ne peux que déplorer que ce soit si court!J'en voudrais encore te encore!!!