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Emelbay

Histoire de brocante : mon copain Michel (3)

10 Juillet 2010 , Rédigé par EMELBAY Publié dans #Histoire de brocante

Tandis que Mademoiselle faisait une nouvelle fois preuve de son mauvais caractère,  le monsieur derrière la table me regardait, à la fois étonné et contrarié.

Un peu mal à l’aise, je m’apprêtais à partir discrètement quand le brocanteur, à mon grand étonnement, s’est mis à parler.

« C’est pas mon jour ! Aujourd’hui ça fait 65 ans que je suis sur cette p… de terre. Je suis tout seul. Mon copain Raoul qui tient le stand avec moi est à l’hôpital. Ils vont l’opérer d’une jambe. Peut plus marcher. Ce matin, j’ai déchargé le fourgon tout seul, puis j’ai installé tout ce bazar. Après, j’ai sorti le chien de la cabine et cette saleté de bestiau a fait tomber le sac où y avait ma gamelle. Il a cassé la bouteille de vin. Tu le crois ça ? Fallait que ça m’arrive à moi. Saleté de cabot ! »

Et tandis que le vieil homme laissait éclater sa colère, je pouvais voir la tête rousse d’un épagneul couché à ses pieds.

La pauvre bête, qui n’était plus toute jeune, me regardait avec ses grands yeux tristes, comme s’il comprenait les paroles violentes de son maître.

-         « Alors, ça c’est pas de chance, c’est sûr, le jour de votre anniversaire, en plus. Mais il n’a pas fait exprès votre pauvre chien »

J’étais vaguement inquiète pour le chien et j’espérais très fort qu’il n’avait pas été frappé à cause de cet incident.

Mais, j’ai été rassurée tout de suite, lorsque le brocanteur a passé sa main, affectueusement, sur la tête du vieux chien en bougonnant :

« c’est une brave bête, mon Rouky, ça fait plus de dix que j’lai. C’est mon compagnon. Y s’est pris les pattes dans les ficelles du sac, c’matin. C’est pas d’sa faute. Mais bon, j’ai rien à boire et j’suis tout seul. Peut même pas aller acheter une bouteille ! »

Emue par le discours coloré du bonhomme qui avait une réelle affection pour son chien, je lui ai spontanément fait cette proposition :

-« vous voulez que j’aille vous acheter une bouteille ? J’habite ici et je connais les magasins. Il y a un petit supermarché, ouvert le  dimanche matin, à moins de cinq minutes de la brocante. »

Evidemment, la petite voix n’était pas d’accord.

-         Mais enfin, tu n’y penses pas. Acheter du vin pour ce monsieur que tu ne connais pas. Cela ne se fait pas !

 

-         Tais-toi, tu me rappelles ma mère !! »

 

Un peu sceptique, le brocanteur me dit : 

-         « tu ferais ça toi ?

-          

-         Ben oui, vous me rembourserez après. Vous voulez quoi comme vin ?

-          

-         Du blanc. Un blanc sec. Mais du bon. Tu regardes bien l’étiquette. Tu me ramènes pas une bouteille en plastique. Je veux une bouteille en verre. Pour le prix, tu prends quelque chose qui coûte aux environs de 8 euros.

           T’as déjà un truc correct pour ce prix. »

Et en me regardant, il me tend un billet de dix euros et ajoute :

-« J’te fais confiance. T’as une bonne tête. Tu m’rendras la monnaie.

 Comme ça, tu touches pas à tes sous. Allez grouille, il fait soif ! »

Un dernier sourire complice et me voila partie. Une rue à droite, une autre à gauche et me voila arrivée au supermarché ouvert le dimanche matin. Cela avait du bon d’être une autochtone !

 

 

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Marie-Annick 10/07/2010 22:39


vite, la suite!!!!