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Emelbay

Poupée Corolle : Célestine ou le très long voyage de Poupette - 4

17 Mars 2015 , Rédigé par EMELBAY

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C’est bon la glace. Mais c’est froid aussi. Et tout collant : les doigts, le menton. Et les longues traces jaunes sur le devant du sweat ne vont pas arranger les affaires des deux fillettes. Les mamans soupirent. Il est grand temps de rentrer à la maison.

Caroline et Anaïs se sont bien amusées. D’un rien. Il a suffi de quelques boules au fromage répandues sur le sol pour les rendre heureuses et pour créer un grand moment de complicité enfantine.

Caroline est fatiguée. Elle ne parle pas. Sa mère non plus. Il faut rejoindre la voiture sur le parking. Elle accélère le pas. La fillette traîne les pieds et râle un peu. Elle a mal aux jambes. Elle pleurniche. Sa mère la rabroue gentiment en lui disant qu’elle pourra dormir dans la voiture. La petite grimpe dans son siège. Sa maman s’apprête à l’attacher quand elle entend sa fille lui demander : elle est où Poupette ? Ben, je sais pas, moi. C’est toi qui l’avais dans le magasin.

La mère et la fille se regardent, incrédules. Puis leurs yeux balaient l’intérieur de la voiture. En vain. La poupée n’est pas là. Peut-être par terre à côté de la voiture ? Non. Ou peut-être au fond du caddie. Non plus. Ou alors ? A la cafétéria ? Il faut y retourner car Célestine a dû rester là-bas sur la banquette. Oui, c’est ça. Sur la banquette. A la cafétéria. L’inquiétude s’ajoute à la fatigue. Caroline oscille entre pleurnicher et pleurer. Sa mère a moins de patience et lui demande de se calmer. Elle va dire à sa fille qu’elle aurait dû faire attention à sa poupée. Mais elle se ravise. A quoi bon sermonner une fillette de 4 ans ? Elle décide de se montrer plutôt rassurante. On va retrouver Célestine dans cinq minutes.

Mais on ne va pas retrouver Célestine. Ni dans cinq, ni dans dix minutes. Ni aujourd’hui, ni demain d’ailleurs.

Mère et fille sont retournées au rayon des chips. En vain. Puis elles sont allées à l’accueil du magasin. Pas de trace de Célestine. La maman a laissé son numéro de portable, au cas où.

Caroline va rentrer à la maison sans sa poupée chérie. Elle va devoir apprendre à vivre sans elle.

Pour un paquet de pain de mie, une escalope et trois pommes, ce n’est pas la peine de prendre un caddie. Mamie Cloclo met tout dans sa petite charrette. Elle est en tissu écossais et ne date pas d’hier. Cela fait plus de vingt ans qu’elle fait les courses avec Augustine Mondier. C’est son vrai nom. Madame Mondier est une vieille dame très respectable. Elle se tient droite et ne donne pas une impression de fragilité. Certes, elle appartient au célèbre club du troisième âge. Mais pas à celui du quatrième. Elle est passée tout à l’heure dans le rayon des chips. Par hasard car elle n’en mange pas. Et elle a trouvé Célestine. Elle s’est arrêtée lorsqu’elle a vu cette poupée couchée sur une étagère. Elle a regardé à droite, à gauche, devant, derrière et n’a pas vu de petite fille. L’allée est déserte. Il y a des boules au fromage écrasées par terre. Elle a pris la poupée dans les mains, l’a regardée quelques secondes. Puis elle a semblé réfléchir avant de mettre Célestine dans sa charrette et de reprendre son chemin vers les caisses.

Une autre personne aurait sans doute pris la poupée et l’aurait ramenée à l’accueil du magasin en expliquant qu’elle l’avait trouvée dans le rayon des chips. Une autre personne se serait dit que la petite propriétaire de la poupée devait être bien malheureuse et serait très heureuse de retrouver sa petite protégée.

Une autre personne oui. Mais pas Mamie Cloclo. Sa logique à elle est très différente : elle estime qu’une petite fille qui a oublié sa poupée dans un magasin n’est pas une petite fille soigneuse, qu’elle ne mérite pas d’avoir une poupée. Tandis que elle, Mamie cloclo, va prendre soin de la poupée, la mettre à l’abri, la protéger. Et puis les petites filles ne respectent pas les poupées. Elles leur coupent les cheveux, leur barbouillent le visage de feutre et ne prennent pas soin de leurs vêtements. Mais c’est aussi la faute des mamans qui éduquent mal leurs enfants. Mamie Cloclo doit être la cousine de Tatie Danielle.

Pas vraiment, mais un peu quand même.

En fait, dans son immeuble tout le monde l’aime bien. Elle n’est pas toujours facile c’est vrai. Mais c’est parce qu’elle raisonne à l’ancienne. C’est plus comme dans le temps, vous comprenez. Aujourd’hui, il n’y a plus de respect. Les valeurs ont changé. Les enfants crient et courent dans les escaliers et cela l’agace. Elle a simplement oublié qu’en 1965, les enfants criaient et couraient déjà dans les escaliers. Mais c’était les siens. Et elle a oublié. Alors elle sort dans le couloir et elle râle. Juste pour prouver aux jeunes qu’elle existe, qu’elle a encore des mots à dire, des avis à donner. Et quand elle a fini de se plaindre, de ronchonner, de pester contre 2015, d’appeler les années 60 et le général de Gaulle au secours, elle rentre chez elle écouter les chansons de son idole.

Tino Rossi ? Mais ça va pas, non. Marcel amont ? Mais vous vous moquez d’elle. Edith Piaf ? Encore moins.

Son idole à elle, c’est Claude François, c’est Cloclo. De belles, belles, belles à magnolia forever en passant par le lundi au soleil, elle connaît tout le répertoire du chanteur.

Et tout l’immeuble aussi connaît Claude François car Mamie Cloclo est plus sourde aujourd’hui qu’hier et, bien sûr, moins que demain.

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Commenter cet article

Mamounette 06/09/2015 18:23

Ou est la suite! vite! vite!

isa debat 22/03/2015 11:03

moi aussi j'aime Cloclo !
biz isa